Le modèle agricole conventionnel

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Une brève histoire de l’agriculture

A la fin de la dernière ère glaciaire (il y a 12 000 ans), plusieurs groupes humains à travers le monde ont domestiqué des plantes et animaux et commencé à former des sociétés sédentaires (vivant au même endroit pendant une longue période) : c’est le début de la révolution néolithique. On assiste alors à la transition de tribus de chasseurs-cueilleurs vers des communautés humaines d’agriculteurs et d’artisans.

Pendant des milliers d’années, les pratiques agricoles et les formes d’organisations sociales des systèmes alimentaires se sont diversifiées, en fonction des zones géographiques, des contextes environnementaux, des facteurs culturels, etc.

Au cours du 19e siècle, la révolution industrielle a entrainé le passage de l’économie fondée traditionnellement sur l’agriculture à l’économie reposant sur la production mécanisée à grande échelle de biens manufacturés dans des entreprises. Ce processus a commencé en Angleterre et s’est développé dans les pays d’Europe de l’Ouest, les Etats-Unis, la Russie, etc. Les pratiques agricoles évoluent et permettent de produire plus de nourriture, avec l’utilisation des énergies fossiles (charbon, pétrole), l’arrivée de machines agricoles, l’introduction des engrais minéraux et l’avancée des connaissances sur le fonctionnement des plantes et des sols.

A la fin de la seconde guerre mondiale, l’Europe subit de fortes pénuries alimentaires, les tickets de rationnement, instaurés en 1941, perdurent jusqu’en 1949. Outre les pénuries de production, ce sont également des pénuries de main-d’œuvre qui sont à déplorer. Les états ont donc cherché à moderniser l’agriculture dans le but de maximiser la quantité de nourriture produite: c’est la Révolution Verte (attention, elle n’est pas pour autant écologique !). Cette période est marquée par une intensification de l’agriculture, à travers des évolutions spectaculaires dans plusieurs domaines : mécanisation, chimie pour fabriquer des engrais et pesticides, standardisation des semences, . Ce modèle agricole, que l’on peut qualifier de ‘conventionnel’, d’industriel ou productiviste a depuis été appliqué aux autres pays développés et aux pays en voie de développement et demeure aujourd’hui le modèle agricole dominant.

Uniformisation et sélection

Les machines agricoles nécessitent que les cultures soient assez homogènes (même taille, hauteur, espacement entre les plants). Pour cela, les graines sont sélectionnées et croisées entre elles, ce qui permet d’avoir des cultures plus performantes (meilleur rendement, résistance aux pesticides, etc), mais elles ne peuvent pas être ressemées et nécessitent donc d’être rachetées chaque année. La monoculture, la culture d’une seule espèce de plante dans un champ au cours des années successives, simplifie et optimise l’usage des machines agricoles, mais peut contribuer à l’épuisement des nutriments du sol et au développement excessif de certains ennemis des cultures (parasites, ravageurs, maladies, etc).

Dépendance à l’industrie chimique

Avec les avancées de l’industrie chimique pendant la seconde guerre mondiale, des engrais de synthèse ont pu être produits en masse pour favoriser la croissance des plantes en leur apportant artificiellement les nutriments nécessaires à leur développement (Azote, Phosphore, Potassium). L’utilisation croissante des engrais de synthèse perturbe les cycles naturels de l’Azote et du Phosphore, indispensable à l’équilibre des écosystèmes. D’autre part, de nombreuses molécules, appelées pesticides, ont également été développées afin de lutter contre les insectes, plantes, champignons, qui concurrencent la croissance des plantes et peuvent se propager très rapidement dans une monoculture. Ils sont la principale cause d’érosion de la biodiversité en milieu agricole. En s’attaquant à la base de la chaine alimentaire de ces écosystèmes (champignons, insectes), les pratiques agricoles industrielles mettent en danger les processus naturels qui sont essentiels pour l’agriculture : la pollinisation, la régulation des ravageurs, la formation des sols, le stockage de l’eau, etc.

Dépendance aux énergies fossiles

Les tracteurs et autres machines agricoles consomment du pétrole pour fonctionner, mais ce n’est pas la seule utilisation des énergies fossiles dans le modèle agricole dominant. Les engrais de synthèse sont produits à partir de gaz naturel (ou gaz fossile, c’est la même chose) et les pesticides sont des dérivés du pétrole. De plus, le transport des denrées alimentaires entre les lieux de productions (les champs), les différentes usines de transformation (pour réaliser de la nourriture transformée, de la sauce tomate au sandwich triangle) et lieux de distribution (marchés, supermarchés) dépend essentiellement du pétrole.

Spécialisation et mondialisation

Un dernier élément important de ce modèle agricole qui s’est renforcé avec la mondialisation, c’est la spécialisation des productions. Cela consiste à séparer les activités d’élevages et de cultures afin de diminuer les coûts et d’obtenir de meilleurs rendements. On peut observer une spécialisation à l’échelle de la France (par exemple, on élève les cochons en Bretagne, on produit des céréales dans le Bassin parisien et le Grand-Est, et des bananes en Martinique) mais aussi à l’échelle mondiale. Par exemple, l’Indonésie est spécialisée dans l’huile de Palme, le soja est principalement produit et exporté par les Etats-Unis et le Brésil.

Pour aller plus loin

– Article sur l’histoire de l’agriculture : Naissance de l’agriculture (-11.000 avant notre ère) (histoire-pour-tous.fr)

– Documentaire ARTE : L’homme a mangé la Terre | ARTE – YouTube

– Infographies de Bon Pote : 4 infographies pour comprendre l’agriculture (bonpote.com)

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