Le plastique : une révolution

La véritable révolution industrielle a commencé grâce aux océans, grâce à ces milliards de micro-organismes qui ont proliféré dans les océans et se sont déposés sur le plancher océanique. Après de millions d’années de dégradation dans le sous-sol, le pétrole est né. Une énergie fossile puissante, disponible que nous avons longtemps cru illimitée. Ce pétrole a brutalement transformé nos industries, notre agriculture, nos moyens de transports, notre habitat… Depuis les années 50 il est entré en masse dans nos foyer grâce aux plastiques issus de l’industrie pétrochimique. Le 20ème siècle a vécu une nouvelle révolution, celle du plastique ! Bouteilles, boites en tous genres, chaussures, vêtements, coton-tige, briquets, CD, biberon, lunettes mais aussi médicaments, téléphone portable, ordinateur, jouets, mobilier…la liste est longue et personne n’échappe au plastique.

Quid du consommateur?

Une fois sous forme de micro-fragments le plastique est ingéré par la biodiversité marine et se transfère dans la chaîne alimentaire marine. De la même manière que les métaux lourds ou les perturbateurs endocriniens, les plastiques sont susceptibles de s’accumuler dans les tissus de nombreuses espèces marines dont celles destinées à la consommation humaine.

De plus, les particules de particules fonctionnent en mer comme des aimants à polluants. Chaque particule est susceptible de se charger de polluants comme les PCB ou les DDT. Lorsqu’une particule est ingérée le problème est donc double.

Nous pêchons plus de 90 millions de tonnes de poissons chaque année et plus d’un milliards de personnes ont le poisson comme unique source de protéines animales. L’enjeux de conservation sanitaire des produits de la mer est donc un enjeu majeur pour le monde d’aujourd’hui et celui de demain.

Biodiversité en danger

Les écosystèmes marins sont directement concernés par la présence de plastiques dans l’eau: en plus d’entraîner certaines blessures ou étouffements, les déchets plastiques sont souvent confondus avec des proies et ingérés par de nombreuses espèces, entraînant parfois une mort rapide.

Les déchets plastiques sont de taille, de forme, de couleur variés et peuvent être confondus avec des proies par de nombreux animaux: ainsi des tortues marines avalent des sacs plastiques ressemblant aux méduses, des oiseaux piquent des débris plastiques ressemblant à de petits poissons,… Non digérés, les plastiques ingérés s’accumulent dans leur système digestif (gosier, estomac…) et peuvent causer leur mort.

De nombreuses observations montrent ainsi la présence de plastique dans le système digestif d’oiseaux de mer, de tortues, de phoques, d’otaries, de baleines, de poissons… Plusieurs centaines d’espèces sont concernées. Les fragments plastiques peuvent également passer dans l’estomac de nouveaux prédateurs si la chaîne alimentaire se poursuit, ou parfois être déféqués si leur taille le permet.

Fragmentés sous l’action de l’érosion, les plastiques deviennent progressivement de plus en plus petits, jusqu’à former des microparticules. Ces microplastiques sont ingérés par de nombreuses espèces marines : les études scientifiques récentes faites en laboratoire allongent régulièrement la liste des organismes marins concernés: amphipodes, vers marins, balanes, moules, huîtres, crustacés, bernacles, poissons, zooplancton (copépodes, krill,…), algues, …

Les individus filtreurs d’eau de mer (baleines à fanons, requins pèlerins, mollusques…) ingèrent d’importantes quantités de microplastiques. Certaines espèces pourraient même être bientôt utilisées comme bioindicateurs des microplastiques dans le milieu marin. La présence de microplastiques est détectée dans les tissus des organismes, principalement au niveau du système digestif ou dans les branchies, en fonction des espèces étudiées.

Des effets physiologiques ont pu être mis en évidence pour les organismes exposés aux microplastiques, :

– modification de l’activité (exemple pour les vers marins Arenicola la marina , des espèces du zooplancton, …),
– diminution de la qualité des gamètes et donc de la reproduction pour certaines espèces (exemple chez les huîtres),
– problèmes de croissance (exemples chez certaines larves),
– diminution/modification de l’alimentation (exemple des copépodes Centropages dont la nutrition avec les algues diminue dans un milieu de culture avec micro plastiques.).

Les continents de plastique

A l’échelle du globe, les courants marins de surface, déviés par la rotation de la Terre, présentent une circulation « en tourbillon », en spirale, appelés gyres. On dénombre 5 gyres principaux : un dans l’océan Atlantique Nord, un dans l’océan Atlantique Sud, un dans l’océan indien, un dans l’océan Pacifique Nord et un dans le Pacifique sud.

Les courants marins d’échelle planétaire transportent les déchets vers les zones centrales des gyres, très calmes. Les plastiques s’y concentrent et s’accumulent ainsi sur d’immenses surfaces (Exemple du « Great Pacific Garbage Patch » dans l’océan Pacifique Nord, de surface estimée à six fois celle de la France). Les « continents plastiques », existent ainsi dans les cinq grands bassins océaniques.

Si nous ne disposons pas aujourd’hui d’images ou de photos de ces accumulations de plastique, c’est que l’appellation « continent » est trompeuse. Il ne s’agit pas ici de macro-déchets qui formeraient une surface continue à la surface de l’océan mais plutôt d’une gigantesque « soupe » de plastique principalement constituée de fragments de petites tailles. Cette pollution de grande ampleur est donc bien souvent invisible à nos yeux.

Une mer de plastique

Les océans sont petit à petit devenus la destination finale de nos déchets et en particulier en ce qui concerne la plastique. Une fois dispersé dans la nature le plastique met, en fonction de son type, jusqu’à 1000 ans pour se dégrader. Environ 70% des déchets qui entrent en mer coulent, pour le reste ils sont dispersés de la côte vers le large par les vents et les courants.

Il est très difficile d’estimer la quantité totale de plastique qui se trouverait dans nos océans. Cependant une récente étude évoque le chiffre de près de 270 000 tonnes de plastique qui flotteraient à la surface des océans dans le monde. Ces études montrent que la dispersion de ces plastiques se fait très rapidement dans les grands courants marins. Les macro déchets, visibles à l’œil nu sont particulièrement abondant le long des côtes. A fur et à mesure que les déchets s’en éloignent il sont essentiellement présents sous forme de microparticules. En effet, sous l’effet des vagues, de la lumière (photo dégradation) et de la chimie, les composés plastiques se micro-fragmentent ce qui facilite leurs dispersions.

Aucun recoin de l’océan mondiale n’échappe à cette pollution, récemment des scientifiques ont pu observer un grand nombre de déchets plastiques flottant dans l’Arctique, un milieu que nous pensions jusque là épargné.

Une pollution qui vient des terres

Qu’elles soient industrielles ou domestiques, toutes les activités menées à terre ont une part de responsabilité dans la pollution marine. Aujourd’hui, plus de 50 % de la population mondiale vit à moins de 100 kilomètres des côtes. D’ici 2035, cette proportion pourrait être de 75 %. Cette concen­tration en bord de mer signe la relation très particulière que l’espèce humaine a tissée avec l’océan. Mais elle entraîne aussi une très grande pression sur le milieu.

Les raisons de cette concentration sont multiples. Il y a l’histoire, mais pas seule­ment. Aujourd’hui comme hier, l’ouverture vers l’océan permet la pêche, facilite le com­merce. Parfois, elle encourage des activités d’exploitation offshore. D’autres fois, la côte accueille des installations militaires. De plus en plus souvent, elle bénéfice d’un afflux de touristes ou de plaisanciers. Toutes ces activités assurent des emplois, des revenus ou tout simplement la subsistance des populations. Mais il n’y a pas que cela. Les littoraux sont attractifs en raison du cadre de vie qu’ils offrent à leurs habitants, et s’il est difficile d’attri­buer une raison précise à cet état de fait, les enquêtes d’opinion montrent que les habitants des côtes sont plus heureux et en meilleure santé que ceux de l’intérieur des terres.

Il serait faux de croire que notre seule présence sur le littoral est à l’origine de la pollution marine. N’importe quel déchet abandonné dans la nature, même loin des littoraux, est susceptible charrié par les rivières et les fleuves de se retrouver en mer.

D’après le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), 80 % des déchets présents dans les océans proviennent ainsi de l’intérieur des terres, le reste étant soit abandonné sur les plages, soit jeté directement à la mer.Dans de nombreux pays en développement, 80 à 90 % des eaux usées finissent directement dans les océans. Même dans les pays développés, les réseaux d’assainissement n’empêchent pas toujours bactéries et produits chimiques d’atteindre le milieu marin. Boues toxiques, sol­vants, métaux lourds, hydrocarbures, acides divers et variés, résidus de toutes sortes : chaque année, des centaines de tonnes de déchets industriels finissent dans les océans.

Des déchets peu valorisés

Produire de nouvelles fibres plastiques à partir d’anciens plastiques usagés limite la pollution et réduit nos émissions de gaz à effet de serre.Par exemple, recycler le plastique émet 88% de gaz à effet se serre en moins que lorsqu’il est produit à partir de matières primaires. Cependant, le taux de recyclage des plastiques d’emballages ménagers n’est aujourd’hui que de 21% et donc reste relativement faible. Le recyclage est utile car avec 1 tonne de bouteilles ou de flacons en plastique PET recyclés, soit environ 28571 bouteilles de 1,5 litres, il est possible de produire 725 couettes ou encore 1813 pulls polaires.

Plusieurs raisons expliquent ce faible taux de recyclage. Tous d’abord, il existe plusieurs types de plastiques et tous ne sont pas recyclable. C’est le cas notamment des emballages plastiques les plus légers qui ne contiennent pas suffisamment de matières premières pour rendre leur recyclage viable d’un point de vue économique. Il n’existe donc pas encore de filières pour ces déchets. L’autre facteur important reste la manière donc chaque citoyen collecte et tri ces propres déchets. En France,87% des habitants affirment trier leurs déchets mais seulement 44% de manière systématique.

En 2009, 770 millions de tonnes de déchets ont été produites en France. Cette production a doublé en 40 ans.