La Saint Valentin approche et les ventes de bouquets de fleurs vont exploser. Mais combien de ces amoureux de février savent d’où viennent toutes ces roses qui poussent normalement en France entre mai et novembre ? Ou comment sont cultivées toutes les tulipes, les anémones, les lys, et autres jolies fleurs d’été qui emplissent les étals des fleuristes en hiver ? Suivez le guide !

Du carbone et de l’eau

85% des fleurs coupées vendues en France viennent de l’étranger. Le Pays Bas en est aujourd’hui le plus grand producteur et assure 52% de la production mondiale. La quasi-totalité des tulipes, symbole national des Pays Bas, y est produite. Il est aussi le leader mondial du négoce horticole. Plus de 40 millions de fleurs y transitent chaque jour pour être expédiées aux quatre coins du globe. Le Kenya qui est le grand spécialiste des roses occupe la 4ème place du classement après la Colombie et l’Équateur.

La rose représente 58% des bouquets offerts lors de la Saint Valentin. Lorsqu’un joli bouquet de roses arrive chez vous, la probabilité est grande qu’elles proviennent du Kenya. Elles auront été coupées à proximité du lac Naivasha, transportées en camion réfrigéré puis en avion à destination des Pays Bas où les deux tiers seront vendus aux enchères à des grossistes qui les revendront à des fleuristes indépendants, à des grandes surfaces et à des enseignes franchisées comme Interflora, Florajet ou Monceau Fleurs. Au total vos roses auront parcouru près de 8 000 km.

La rose hollandaise peut alors apparaitre comme une alternative « locale ». Mais cultivée la plupart du temps sous serre éclairée et chauffée artificiellement, son empreinte carbone est jusque 6 fois supérieure à une rose importée du Kenya !

La culture des fleurs, et particulièrement des roses, requiert d’importantes quantités d’eau : entre 7 et 30 litres d’eau pour une seule fleur, ce qui assèche progressivement les cours d’eau exploités. Au Kenya, le niveau du lac Naivasha, où les fermes de production de roses puisent leur eau, baisse inexorablement ce qui nuit autant aux habitant du secteur qu’aux tribus pastorales Massaï dont les troupeaux viennent s’abreuver sur les rives du lac.

Un cadeau empoisonné

Pour protéger les cultures des « nuisibles », pour en accélérer la croissance, pour obtenir des fleurs plus colorées, qui se tiennent mieux et plus longtemps, de nombreux produits chimiques sont employés. Dont certains en Afrique et en Amérique du Sud qui sont interdits en Europe.

Et contrairement aux produits alimentaires, il n’y a pas de limite réglementaire qui fixe la quantité maximale de résidus de pesticides que les fleurs coupées peuvent contenir. Un bouquet de roses peut donc renfermer tout un cocktail de produits chimiques en toute légalité.

Une enquête réalisée par « 60 millions de consommateurs » (1) a mis en évidence la présence de 49 substances phytosanitaires réparties dans tous les bouquets analysés pour l’étude. Avec pour certaines une persistance dans l’environnement ou une dangerosité à l’égard des abeilles avérées.

Dans un bouquet de fleurs de l’enseigne « Au nom de la rose » l’étude en recensait 25 dont 9 pesticides et 1 fongicide interdit en France !

Le risque sanitaire pour le consommateur reste inconnu faute d’étude sur le sujet. Mais l’exposition des ouvrières des fermes horticoles (car il s’agit majoritairement de femmes) est bien documentée et évoque des taux extrêmement élevés. La Colombie est le 3ème pays au monde qui utilise le plus de pesticides à l’hectare. Selon Le Comité pour les droits humains en Amérique latine (CDHAL) l’épandage sous serre se fait même pendant que les femmes font la cueillette. Les ouvrières n’ont pas d’équipement de protection et ne sont pas informées sur les risques auxquels elles sont exposées.

Les conditions sociales

En plus du risque sanitaire auquel elles sont exposées, ces femmes ont des contrats qui peuvent impliquer jusqu’à 60 heures hebdomadaire d’un rude travail, d’autres ne bénéficient même pas d’un contrat. En Afrique de l’Est, les salaires des employés horticoles ne suffisent pas à couvrir les besoins de base, constate une étude de l’organisation Women Working Worldwide réalisée auprès de 38 000 travailleuses : entre 59 et 94 dollars par mois pour une ouvrière kényane, entre 28 et 46 dollars pour une Éthiopienne.

Lorsque nous achetons en Europe une rose à 1,5 €, seulement 0,03 € soit 2% du prix de vente final revient à ceux qui l’ont fait pousser et y consacrent.

Pour s’orienter des labels existent, avec leurs qualités mais aussi leurs limites :

Le label Fleurs de France, garantit que la fleur a été cultivée dans l’Hexagone. L’impact carbone est moindre mais le label n’implique aucune garantie environnementale. A savoir qu’en France 26 herbicides, insecticides et fongicides sont autorisés à l’épandage.

Le Label Rouge garantit la qualité des roses, mais ne dit rien sur les conditions environnementales et sociales de leur production.

La Charte Qualité Fleurs Coupées vise à garantir la qualité, notamment la tenue en vase et la traçabilité des fleurs. Elle n’inclue n’a pas de critères environnementaux et sociaux.

Le label Max Havelaar (commerce équitable) impose, en plus du revenu minimum garanti aux producteurs, une irrigation à consommation d’eau réduite, une gestion stricte des déchets et un respect de la biodiversité. Mais l’empreinte carbone des fleurs est plombée par le transport aérien et seulement certaines pesticides sont bannis du cahier des charges.

Le label Plante Bleue signale que les fleurs ont été cultivées par des horticulteurs français engagés dans une démarche de production respectueuse de l’environnement. Il appelle les producteurs à limiter l’utilisation des engrais et réduire les traitements chimiques mais ne les bannit pas.

Le label Agriculture Biologique est le plus exigeant en matière de protection de l’environnement car il exclue l’usage de tout produit toxique. Mais il n’apporte aucune garantie sur la provenance ni sur les conditions sociales des travailleurs.

Chacun de ces labels présente des qualités et peut correspondre à des attentes diverses. Mais aucun n’intègre de garanties à la fois sanitaires, environnementales et sociales.

Alors que faire ?

 

Acheter des produits de saison, comme on le fait pour les fruits et légumes. Mimosa, jacinthe, hellébore... de nombreuses fleurs d’hiver permettent de composer de jolis bouquets.

S’adresser en direct à des producteurs bio et français comme Fleurs de Cocagne, Bio Fleur de Soleil ou La ferme de Lescinquit en Bretagne permet aussi d’acheter des fleurs de saison produites localement, selon le cahier des charges de l’Agriculture Biologique et vendues en circuit court.

N’hésitez pas à partager votre envie de fleurs bio et locales avec votre fleuriste. C’est l’augmentation de la demande de la part des consommateurs qui accroîtra l’offre.

Et finalement le bouquet est-il si nécessaire ? Pour ceux qui ont envie d’une Saint Valentin originale, pensez aux branches de cerisier ou de forsythia si vous avez l’occasion d’en cueillir. Et pourquoi pas une fleur dessinée ou un gâteau en forme de fleur ? La seule limite sera celle que vous vous donnerez !

(1) Etude réalisé en 2017. Depuis d’autres analyses sont arrivés au même résultats. A voir sur Arte – Xenius, Le bouquet de fleurs, un cadeau empoisonné

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