Indémodable, le jean est LA pièce qui se retrouve dans toutes les garde-robes.
Il peut être décontracté ou sophistiqué, souvent bleu mais pas toujours, avec de nombreuses coupes pour toutes les morphologies et tous les styles, il est surtout très pratique.
Près de 2,3 milliards de jeans sont vendus dans le monde chaque année.

Malheureusement, il est aussi considéré comme un des produits textiles les plus polluants au monde.

Le jean, c’est avant tout une toile : la toile denim, produite à partir du coton. Ce qui la rend différente des autres toiles en fibres de coton utilisées pour nos vêtements, c’est sa méthode de tissage. Pour produire le denim, deux types de fils de coton sont entrelacés “en sergé”, ce qui lui donne cet aspect caractéristique fait de fibres diagonales et parallèles. C’est également ce qui lui confère sa rigidité et sa résistance.
Un jean standard est composé de 600 grammes de coton en moyenne, de fibres synthétiques de type élasthanne, de rivets et de boutons en métal ainsi que d’une étiquette en cuir ou en plastique.

Le tour du monde du jean : une lourde empreinte carbone

Depuis l’Inde ou la Chine, les plus grands producteurs de coton, le coton brut est envoyé, au Pakistan ou en Italie pour y être filé. C’est aussi là que la toile est teinte avec un pigment bleu, généralement fabriqué en Allemagne. Puis la toile voyage vers la Tunisie, la Chine ou le Bangladesh pour confectionner le jean et y poser des éléments en métal arrivés de Namibie ou d’Australie. Pour obtenir cet aspect délavé, il est ensuite envoyé en Turquie et de là partout dans le monde pour être commercialisé. C’est l’un des multiples trajets possibles depuis le champ de coton jusqu’au magasin de vente. Un trajet qu’on estime en moyenne à 65 000 km pour chaque jean soit une fois et demie le tour de la terre). En moyenne son cycle de vie s’étend sur 18 pays. On évalue ses émissions de CO2 à 20 kg en moyenne par pièce.

Gourmand … en eau

On estime que la production d’un jean consomme entre 7 000 et 10 000 litres d’eau.
Les deux étapes les plus gourmandes en eau étant la culture du coton et le délavage. Le coton est le 3ème consommateur d’eau d’irrigation dans le monde après le riz et le blé. Sa culture a largement contribué à l’assèchement de la Mer d’Aral, un énorme lac d’Asie occidentale, aujourd’hui disparu au profit de l’irrigation des champs de coton Ouzbeks.

Une pollution présente à toutes les étapes

La culture du coton est l’une des plus polluantes au monde : elle consommerait un quart des pesticides vendus sur la planète alors qu’elle ne représente que 3 % de la surface agricole.
La législation des pays producteurs est plus tolérante envers ces produits chimiques que l’UE. Par exemple l’utilisation de produits tels que le diethion, un insecticide hautement toxique, soupçonné d’être cancérigène et prohibé en Europe est accepté en Inde.
Du filage à la confection la toile subit de nombreux traitements le lavage, le blanchiment, la teinture, l’anti-rétrécissement, l’imperméabilisation, le délavage… à l’aide de grandes quantités de produits chimiques : soude, chlore, résines synthétiques, pigments contenant des métaux lourds, etc.
Avant d’arriver en magasin, des tonnes d’emballages plastique sont utilisée pour la logistique, la plupart non recyclables. Et comme pour tout vêtement au moment du passage en machine, une partie des composants des lessives classiques comme les tensioactifs, parfums de synthèse et autres molécules chimiques, peut finir par se retrouver dans les cours d’eau.
S’il a été rapporté que ces substances créent parfois des allergies et des irritations chez l’utilisateur, elles sont surtout très dangereuses pour les employés qui les manipulent, sont rarement équipés de protections et pour ainsi dire jamais sensibilisés aux risques qu’ils encourent.

Le délavage

C’est une notion qui englobe des procédés divers qui permettent aux jeans d’obtenir un aspect usé alors qu’ils sont neufs.

Parmi ces procédés, le sablage, procédé qui consiste à projeter du sable à forte pression sur la toile, est certainement l’un des plus édifiant et qui a été médiatisé en 2009 à cause du décès en Turquie de nombreux ouvriers « sableurs ».  Les ouvriers qui respirent la poudre de silice qui résulte du sablage peuvent en effet développer des maladies pulmonaires graves, dont la silicose. Cette pratique est désormais interdite en Turquie comme dans la majorité des pays occidentaux mais est encore pratiquée en Chine, au Bangladesh et en Tunisie.

Il y a aussi le polissage à la pierre qui produit plusieurs résidus pouvant se retrouver jusque dans les poches et les plis du jean et qui ne disparaissent qu’après de nombreux lavages. Ou encore l’electroplating, méthode de délavage par courant électrique, assourdissante pour les employés et qui génère des micro-déchets aux conséquences mal connues.

Sans parler du fait qu’ après tous ces traitements le look parait abimé… c’est qu’il l’est réellement et durera donc moins longtemps !

Le coût humain

En plus des risques sanitaires qu’ils encourent, les ouvriers du jean travaillent dans des conditions très difficiles : des journées de 10 à 12 heures par jour, des salaires très bas, pas de couverture sociale et un stress permanent lié à des cadences de productivité insoutenables.

La Tunisie et la Turquie produisent des jeans pour environ 15 euros qui seront revendus au client final entre 120 et 150 euros. La Chine parvient à produire des jeans de moins bonne qualité pour 5,50 euros mais quoiqu’il en soit, il n’y a jamais que 1 à 5% du prix d’un jean qui soit consacré aux salaires de ces travailleurs.

Les caractéristiques d’un jean durable

Un jean durable est conçu en coton bio. Le coton bio est cultivé sans pesticides, insecticides ou engrais chimiques, et sans OGM. Sa production ne nuit pas aux écosystèmes environnants. Il n’est pas toxique pour les hommes qui travaillent sur la chaîne de production. Pour cela identifiez la certification GOTS ou OCS.

Pour un jean durable, choisissez-le aussi sans élasthanne (l’élasthanne étant une fibre synthétique issue de la pétrochimie) et traité avec des teintures non polluantes. À ce jour, l’indigo traditionnel issu de la plante Indigofera Tintoria, reste la méthode la moins polluante pour teindre un jean, malheureusement elle n’est pas très répandue. La plupart des teintures restent synthétiques mais là aussi les certifications GOTS, OCS mais aussi Bluesign,  ou OEKO Tex, garantissent l’absence de produits chimiques dangereux.

Un jean brut qui est est un jean non délavé et donc moins polluant.

A défaut un délavage au laser ou à l’ozone, des procédés moins dangereux pour l’environnement et les travailleurs, est encore préférable. Comme ces méthodes de traitement ne sont pas indiquées sur l’étiquette, il faudra faire l’effort de se renseigner auprès des marques, les interroger. Un manque de réponse ou de transparence est souvent mauvais signe. Des labels comme le Fair Wear Foundation et le Fair Trade sont aussi de bons indicateurs. Ils garantissent des conditions de travail correctes : protections, salaire, temps de repos, etc.

Pour le jean aussi, privilégions les circuits courts.

S’il y a très peu de coton cultivé en Europe (seuls la Grèce, l’Espagne et la Bulgarie en cultivent) la fabrication en France ou du moins en Europe est tout à fait possible. Des usines de tissage ou de teintures et des ateliers de couture spécialisés existent déjà en France et dans toute l’Europe.

Les labels à privilégier :

D’autres labels plus ou moins exigeants existent. Certains sont controversés comme le BCI (Better Cotton Initiative) et il vaut mieux les éviter. Attention aussi au piège « contient du coton bio » inscrit sur l’étiquette. Sans labélisation et à défaut d’une indication claire, le pourcentage du coton bio en question dans le produit peut être infime.

Pour qu’un jean reste durable il faut en prendre soin

Le lavage et le séchage ont des impacts environnementaux importants en termes de consommation d’eau, d’énergie et de génération de polluants.

  • Pour laver votre jean choisissez le mode à la plus basse température possible, ce sera bien suffisant ;
  • Utilisez une lessive écologique (cherchez l’Ecolabel européen) à moins que vous ne fabriquiez déjà votre lessive vous-même ?
  • Lavez moins souvent votre jean, la toile est tellement épaisse qu’elle supporte des lavages moins fréquents que d’autres pantalons
  • Faites-le sécher à l’air libre, sans sèche-linge
  • Ne le repassez pas, là encore l’épaisseur de la toile vous en dispense
  • Plus qu’une autre pièce, le jean peut être recousu et rapiécé sans perdre son look
  • Quand il est vraiment à bout, ne le jetez pas et déposez le dans une borne de recyclage, aujourd’hui on fait même de l’isolant avec la fibre des jeans.

Pour le jean comme pour tous les textiles, le prix d’un vêtement écologique et éthique reste bien plus élevé qu’un vêtement issu de la fast fashion. Acheter moins mais mieux et/ou d’occasion reste le conseil de base.

Sources :

ADEME – Carnet de vie d’un jean

Le jean fait sa révolution écologique, Le Parisien, 8 juin 2019

Un autre (blue) jean est possible, France Inter, 27 octobre 2019

Sites internet : the good gods, planetoscope, collectif éthique sur l’étiquette