Depuis son enfance, Martin Bertrand est attiré par les arts. Encore adolescent, il fait ses premiers pas dans le monde de la photo à l’aide de son appareil jetable qu’il ne manque jamais d’apporter avec lui en vacances. De nature hyperactive, il est très vite séduit par l’instantanéité du médium photographique.

Après l’obtention de son baccalauréat, il suit naturellement une formation professionnelle de photographe qui lui permet de se forger une technique solide et d’apprendre les rouages du métier.

A travers ses nombreux projets personnels, il s’intéresse notamment à la jeunesse et aux enjeux géo-environnementaux. Le XXIe siècle et les chamboulements qui l’accompagnent le fascinent tout particulièrement.

Ses travaux sont publiés dans la presse française et internationale (Le Monde, Libération, Washington Post, Le Figaro, Vice, Reporterre, Mr Mondialisation, Fisheye Magazine). Ils ont été primés à plusieurs reprises, notamment par le Prix François Chalais du Jeune Reporter de l’année 2015 en catégorie photo. Il a été finaliste du Grand Prix Paris Match du Photoreporter étudiant et primé par le Young Talents Photo Prize by fotofever. En 2019, son travail sur le soulèvement du mouvement pro-démocratie à Hong Kong lui vaut une nomination pour le Prix Bayeux des Correspondants de guerre en catégorie Jeune Reporter.

Oasis Kerlanic, une communauté autonome en Bretagne

Dans la campagne reculée du Centre Bretagne, au bout d’une route que le GPS peine à indiquer, on finit par atteindre le lieu-dit Kerlanic, appelé par ses résidents « Oasis Kerlanic ». Il a été surnommé ainsi car, pour quelqu’un qui cherche à fuir la frénésie de notre société, c’est comme s’il était dans le désert et qu’il trouvait, au milieu de nulle part, une oasis. Il s’agit d’un lieu où l’on vit en autonomie et en adéquation avec la nature, un lieu où chacun est le bienvenu et qui prône un mode de vie alternatif.

« Mama Terra », c’est ainsi qu’on surnomme Audrey, qui est à l’origine de cette initiative. Mère de deux enfants, elle a habité pendant 12 ans en région parisienne où elle exerçait deux métiers à la fois : celui d’écrivaine publique et celui de styliste grande taille. C’est lorsqu’elle était enceinte de son premier enfant qu’elle commence à remettre en question son mode vie: « Je ne voulais pas lui offrir le monde tel que je le percevais, qu’il subisse cette frénésie quotidienne. »

C’est un burn-out qui l’a poussé à dire STOP. En l’espace de deux mois, elle quitte ses différents jobs et son appartement afin d’acheter une maison en Touraine. Ce passage en province apporte son lot de prises de conscience au travers de rencontres avec des familles ayant déjà fait le choix d’un mode de vie alternatif. Elle change, et aspire à plus d’autonomie, d’espace et de liberté. Avec ses enfants, ils aiment partir respirer en Bretagne et décident donc d’arrêter de faire des allers-retours. Ils achètent à Kerlanic une ferme abandonnée datant du 17ème siècle dans un terrain de deux hectares.

« Dès le départ, j’ai voulu que ce soit un lieu d’accueil afin de créer une grande atmosphère familiale ». Ce grand terrain, à moitié occupé par une forêt, est donc devenu un lieu public car, selon Audrey, « la Terre n’appartient à personne ». En effet, qui veut découvrir le site, y planter sa tente, peut séjourner à la seule condition de respecter une charte, qui se contente d’énumérer des règles de bon sens. « Au début, c’était des gens de passage et puis, petit à petit, les gens ne savaient jamais vraiment quand ils repartiraient ».

Cuba : la vallée de l’agriculture traditionnelle et biologique

Entre l’embargo des États-Unis (1962) et la chute de l’URSS (1991), Cuba a perdu ses principales possibilités d’importations. L’agriculture du pays s’est vue privée de matériel agricole, engrais chimiques et autres pesticides. Nécessité fait loi, il faut continuer à produire pour se nourrir et, pour cela, des techniques agricoles traditionnelles et biologiques se sont développées. Cela a demandé une période de transition mais le résultat est au rendez-vous car l’île s’est presque entièrement convertie au bio. Ici, c’est le rêve des écologistes du monde entier qui s’est réalisé.

C’est à l’Ouest de l’île, dans la Sierra de Los Organos, que se situe l’exemple idéal : la vallée de Vinales, avec des sols fertiles et un climat propice à l’élevage et la culture. La vallée est très connue pour les mogotes, ces collines de calcaire qualifiées de reliefs karstiques qui seraient le fruit d’une longue érosion. Ces immenses dômes allant jusqu’à 300 mètres de hauteur nous rappelleraient presque un décor de film fantastique. La région est d’ailleurs, depuis 1999, inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO.

La nature y a encore ses droits: la végétation offre de magnifiques nuances de vert; le ciel n’appartient qu’aux oiseaux tandis que les libellules et les papillons déambulent librement. Au petit matin, les coqs et les cochons nous réveillent par leurs bruits incessants. Voitures et chevaux se partagent la chaussée, alors que des poules nous coupent souvent la route.

Dans cette contrée, la principale activité est l’agriculture. Beaucoup de différents fruits et légumes y poussent ainsi que le tabac cubain unique au monde. Privés de machines agricoles, les champs sont labourés par la traction des bœufs, le manioc découpé à la machette et l’élevage des animaux se fait autant dans les enclos que dans les jardins des maisons. Il est agréable de savoir que ce que l’on mange est récolté ou élevé sur place.

Les visages du Mékong : Le sursis des Neuf Dragons (Delta du Mékong, Vietnam)

Situé à l’extrême Sud du Vietnam, le Delta du Mékong est la région où le Mékong finit sa course en se jetant dans la Mer de Chine. Le Mékong est appelé par les vietnamiens « Fleuve Neuf Dragons » car il se divise en neuf fleuves formant ainsi un Delta. On y dénombre actuellement 18 millions d’habitants, soit 20% de la population du pays.

Fertilité et prospérité caractérisent la région depuis des siècles. On y assure 40% de la production alimentaire du pays et 25% du PIB, ce qui lui donne une importance mondiale grâce aux exportations de riz, fruits, poissons et crustacés. La région est également un réel trésor de biodiversité. La faune et la flore y sont très riches avec de nombreux parcs naturels. Plantes, reptiles, poissons, mammifères perdurent au sein d’écosystèmes uniques.

Or, ce territoire est désormais l’un des plus fragiles de la planète, notamment à cause de sa sensibilité au réchauffement climatique. Même si les estimations divergent, le constat est clair : il y a urgence. Une grande moitié des terres du delta est à moins d’un mètre au-dessus du niveau de la mer et celui-ci devrait monter d’un à deux mètres durant les prochaines décennies. Cela signifierait qu’une partie de la région devrait sombrer sous les eaux. Dans le Sud du delta, il suffit de s’éloigner des villes et de se rapprocher de la côte pour s’apercevoir que l’océan a déjà commencé à prendre le dessus sur la terre.

Les nombreux barrages hydroélectriques que construisent les pays en amont, notamment la Chine et le Laos, sont également responsables des nombreux maux du territoire. Le débit du fleuve étant ralenti, l’eau salée qui ne peut pas servir à l’irrigation des cultures s’infiltre jusqu’à plus d’une centaine de kilomètres dans le delta au détriment de l’eau douce. De plus, ces barrages causent une diminution drastique des sédiments qui arrivent en aval du fleuve. L’absence de ces sédiments nécessaires à l’agriculture cause également l’érosion des terres. Les rives du fleuve s’écroulent, emportant avec elles arbres et maisons.

Les barrages ne sont pas les seuls responsables de ces scènes mélancoliques. De nombreux dragages de sable sont effectués dans le lit du fleuve pour produire le béton nécessaire au développement frénétique des mégapoles de la péninsule indochinoise telles que Ho-Chi-Minh Ville, Bangkok ou encore Phnom Penh. Sur ce continent, l’expansion de ces métropoles se fait au dépend des zones rurales.

Un cercle vicieux qui représente bien les paradoxes du développement au sein de la péninsule indochinoise.

Pays-Bas, un futur – Une ferme flottante dans le port de Rotterdam

Avec comme objectif de pallier le manque d’espace engendré par la montée des eaux, une entreprise néerlandaise a développé une ferme de vache laitière qui flotte au cœur du port industriel de Rotterdam. Cette expérimentation pourrait d’ores et déjà s’exporter dans le monde entier.
Aux Pays-Bas, la lutte pour la protection de l’environnement ne date pas d’hier. Depuis plusieurs centaines d’années, le pays persévère pour se protéger des eaux, devenant une référence en la matière au niveau mondial. Le pays est également un champion de l’agro-industrie et obtient des rendements agricoles records.

Face à la montée des eaux et à une demande alimentaire croissante, le pays est considéré par certains comme un vaste laboratoire qui donnerait un avant-goût des efforts à réaliser et des moyens à mettre en œuvre pour s’adapter au changement climatique et à la pénurie des ressources. Pourtant, l’apparente avancée en matière de lutte contre le changement climatique cache l’étroite dépendance du pays au commerce international, à des technologies voraces ainsi qu’à l’importation de matériaux depuis les quatre coins de la planète. Les Pays-Bas suivent-ils la bonne voie ? Sont-ils vraiment adaptés aux défis de demain ?

Hong Kong Paranoïa

Mon projet « Paranoïa » est né de plusieurs observations de terrain. La peur était omniprésente dans les échanges que j’ai pu avoir avec les jeunes militants du mouvement pro-démocratie de Hong Kong. Une peur frôlant parfois la paranoïa, dans laquelle il semble difficile de dénouer le vrai du faux. La peur de la surveillance constante du gouvernement pro-Pékin ainsi que des arrestations et des condamnations à répétition qui ont lieu depuis le début des manifestations, poussent les manifestants à une très grande prudence et à se cacher.

Il y a également des histoires qui circulent parlant de jeunes militants ayant été retrouvés morts dans le métro ou dans la baie après avoir été enlevé par la police. Là encore difficile de dénouer le vrai du faux. La majorité des manifestants y croient viscéralement, si bien qu’ils déposent régulièrement des fleurs auprès de certaines stations de métro. D’autres individus, plus éloignés du mouvement, qualifient cela de « complotisme » ou de « légendes urbaines » tandis que les journalistes locaux cherchent des preuves concrètes.

L’an 2047 amplifie encore ce climat de peur : c’est la date à laquelle Hong Kong sera complètement rétrocédée à la République Populaire de Chine et sera donc une ville chinoise comme les autres. Dans l’imaginaire collectif, cette date s’apparente à un décompte apocalyptique signifiant la fin concrète de leurs droits et libertés.

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Retrouvez le travail de Martin Bertrand sur son compte instagram et site internet.