Théorie de la justice
Le premier mercredi de chaque mois, au sein de GoodPlanet, se tient ce qu’on appelle le Journal Club. Le concept est simple, une personne présente une œuvre, un texte ou une pensée afin de permettre à tous de s’enrichir intellectuellement.
Après la première édition de cette rencontre où La Tragédie des communs de Hardin (pour ceux qui ne connaissent pas voir la fiche économie de la nature sur gpi) a été présentée par Olivier Blond, c’est à mon tour de présenter quelque chose. Comme le précédent débat avait rapidement tourné autour de la manière de répartir de façon juste les ressources et d’organiser la société, je me suis donc logiquement imposé de présenter La Théorie de la Justice de John Rawls. Puisque ce livre présente des principes pour définir la justice et une réflexion sur la manière juste d’organiser la société. Dans cette optique, il s’agit donc de parvenir à créer une sociale démocratie qui garantisse au plus grand nombre, en particulier aux plus défavorisés, le plus grand niveau de satisfaction. 
Lorsque la Théorie de la Justice est publié, les Etats-Unis sont le théâtre de la lutte pour les droits civiques et le modèle d’état providence (inspiré par Keynes puis établi par le rapport Beveridge) commence à être remis en cause. Le but de Rawls est de parvenir, dans le même temps, à concilier les apports de la théorie politique qui depuis 2500 ans bute sur la question de l’égalité (égalité de droit n’est pas suffisante si les inégalités économiques subsistent et demeurent intolérables) et le souci d’efficacité de la doctrine économique libérale. Rawls propose donc une méthode et des principes pour parvenir à la justice dans la société, ce qui permet aux hommes de vivre ensemble et d’accepter certaines inégalités nécessaires comme justes.
Mais, ce n’est en rien un livre facile d’accès car il s’agit d’un livre long (650 pages alors que je croyais qu’il en faisait 250 maximum selon la règle classique des livres intéressants, c’est à dire 50 premières pages accrocheuses qui résument bien la thèse, 50 autres pages pour ennuyer le lecteur et montrer ainsi qu’on a écrit un livre sérieux, 100 autres pour évoquer de menus détails et le reste pour conclure qu’un autre livre serait nécessaire pour parler de bien d’autres choses). Pourtant, Théorie de la Justice est un ouvrage complet, minutieux qui justifie ses 650 pages car chaque point et argumenté. Toutefois, il faut être déjà au fait de l’histoire des idées pour le lire (savoir ce qu’est l’utilitarimse, les fondements de la pensée économique etc).
Pour ce faire, Rawls propose une méthode afin de trouver un accord qui respecte à la fois le pluralisme des opinions, la liberté et l’efficacité. Il s’agit de déterminer une base d’organisation de la société sur laquelle chacun peut s’accorder. Ce contrat doit être accepté par tous sous un « voile d’ignorance », c’est-à-dire que lorsque les hommes et les femmes délibèrent, ils déterminent à la fois une procédure et les principes qui fonderont la société dams laquelle ils vivront sans savoir à quel niveau ils évolueront. Ils doivent en conséquence choisir un système et des principes acceptables pour le plus grand nombre qu’importe leur position dans la société. Chacun peut être riche ou pauvre, dans la majorité ou dans une minorité, il doit donc faire en sorte que le système de liberté et droits choisis bénéfice au plus grand nombre sans pour autant risquer de se trouver discriminé.
Sur ce postulat fictionnel, assez abstrait, la justice devient une procédure qui dit être respectée et qui se base sur deux principes.
1 – Le principe d’égale liberté
« Chaque personne doit avoir un droit égal au système le plus étendu de libertés de base égales pour tous, compatible avec le même système pour les autres »
2 - Le principe de différence
« Les inégalités sociales et économiques doivent être organisées de façon à ce que, à la fois, on puisse raisonnablement s’attendre à ce qu’elles soient à l’avantage de chacun (2a), et à ce qu’elles soient attachées à des positions et des fonctions ouvertes à tous (2b) »
Ils se traduisent donc par la reconnaissance d’un état de droit, qui autorise le pluralisme des opinions, la liberté de conscience et tous les autres droits classiques. Ce système de droit doit être le plus large possible afin qu’il puisse offrir la plus grande satisfaction.
Ensuite, au niveau de l’organisation, Rawls accepte certes au nom de l’efficacité les principes du marché, mais il estime (enfin sous voile d’ignorance) qu’une redistribution doit être effectuée. Elle permet aux plus défavorisés de ne pas être trop lésés. Ainsi Rawls estime qu’il faut taxer progressivement la consommation (et non pas les revenus), qu’il faut aussi taxer les successions. Il insiste sur le fait que décréter l’égalité des chances ne suffit pas, il faut lui donner les moyens de se concrétiser, quitte à aider les moins favorisés. Car l’égalité de droit ne signifie pas nécessairement égalité de positons.
Suite à cette présentation très sommaire (qui omet par exemple les questions de solidarité et équité intergénérationnelle évoques dans le livre au travers des questions d’épargne et bien d’autres points), nous avons débattu du concept de « satisfaction » employé en économie (concept trop limité et matériel) et du fait que si un régime politique parvient à satisfaire les besoins de sa population il se maintient sans trop de problèmes. Ce qui en conséquence nous a conduit à déduire que la crise écologique, qui nécessitera de gérer des pénuries, influencera peut-être nos choix futurs de régimes.
Je tiens à remercier tous ceux qui ont lu, écouté et participé à ce journal club. Cette présentation succincte a été fort incomplète, mais je vous invite à la poursuivre, si besoin est, dans les commentaires de ce post.
A lire :
- Théorie de la Justice - John Rawls
- Notions de Philosophie III – Kambouchner cf chapitre Justice et Egalité



Merci pour cette présentation qui ne m’a pas parue sommaire du tout! Mais je me demandais pourquoi Rawles voulait-il taxer la consommation et non pas les revenus. En quoi cela contribue-t-il à davantage d’équité?