A travers Neuilly

Je débarque chaque matin du métro à la station Pont de Neuilly pour enfourcher un vélo direction le bureau. C’est l’occasion d’observer la faune et la flore de cette ville. Je passe rapidement sur la proportion de 4×4 aux vitres fumées qui fait qu’on ne peut oublier que l’on est entouré de personnes plus soucieuses d’afficher leur statut social que leur souci de l’avenir de l’humanité souffrante. Les conducteurs sont d’ailleurs souvent assez discourtois et certains assez rancuniers envers les cyclistes et les piétons. Mais ce matin mon regard a été arrêté, non par la rutilance d’une Porsche Cayenne, mais par de modestes employés de la ville tout de jaune vêtus chargés des « espaces verts ». « Espaces verts », c’est une expression consacrée que je trouve personnellement grotesque. Ce matin donc un employé aspergeait de désherbant le pied des arbres d’alignement de l’avenue de Madrid. Quelques brins d’herbe très verts y poussaient en effet faisant une jolie collerette autour des troncs. L’employé, et plus encore son chef, et sans doute l’élu municipal en charge de l’environnement et des espaces verts de Neuilly-sur-Seine ont dû considérer que ces graminées en herbe était une menace pour la population. A mon humble avis, ce traitement n’est pas mérité. Car, au pire, ces êtres vivants émettent un peu d’oxygène au niveau des trottoirs, là où les automobiles déversent leurs suies cancérigènes. Un peu d’oxygène gratuit, c’est sans doute trop à Neuilly où tout se paie très cher. Alors qu’un peu de poison pour tuer ces parcelles de vie, pour polluer le sol et l’eau, ce n’est jamais assez. Surtout dans cette ville, où la surconsommation et le gaspillage ont plus qu’ailleurs droit de cité.

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