Manger à sa faim en 2050, oui. Mais pas bio…

Delestre - Sommet de la FAO: FAO contre On A Faim

Delestre - Sommet de la FAO: FAO contre On A Faim

Une conférence sur la faim, organisée au CNRS jeudi 28 mai  m’a apporté quelques éléments importants sur ce sujet, même si les avis divergent légèrement entre agronome (Michel Griffon, également économiste, auteur de Nourrir la planète), généticien (Pierre-Henri Gouyon), géographe (Sylvie Brunel, auteur de Nourrir le monde. Vaincre la faim) et diplomate (Hervé Lejeune, de la FAO).

Sur 850 millions de personnes qui ont faim dans le monde en 2007, 800 vivaient dans les pays du Sud, dont 200 étaient agriculteurs. Un nombre énorme de producteurs de nourriture n’ont donc pas accès au fruit de leur récolte. Fin 2009, 1 milliard de personnes auront faim dans le monde selon  la FAO (organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture).

- Première surprise, pour quelqu’un qui est loin de n’acheter que du frais-bio-local: aucun système agricole n’est mauvais. L’agriculture intensive – oui, celle qui fait de jolis carrés multicolores vus du ciel, demeure  indispensable.  Le terme est employé brut de pomme par l’ex présidente d’ACF:  » L’agriculture uniformisée sur de grands espaces est indispensable, car c’est elle qui permet de nourrir des masses très importantes. L’homogénéisation de normes sanitaires exigée par l’agriculture intensive permet des flux rapides et importants. Et il faut subventionner les intrants dans les pays du Sud, comme lors de la révolution verte asiatique des années 70″. Hola-hola! et la pollution de l’environnement ? M. Griffon corrige: « Ecologiquement intensive, mais raisonnable ».

- Deuxième surprise: il existe des « success stories » de l’agriculture dans certains pays du Sud, comme au Malawi, qui, de « mendiant de la planète », dixit Sylvie Brunel, est passé à une production suffisante pour nourrir sa population. Idem pour le Mozambique, qui nourrit pour partie le Zimbabwe (!), note Hervé Lejeune. Evidemment, il y a une condition à ces belles réussites: la paix. D’ailleurs, la FAO est en train de déminer le Sud-Liban, « afin que les agriculteurs puissent rester aux champs ».

- D’après Hervé Lejeune de la FAO, la première chose à faire pour les pays en développement est une nouvelle révolution verte, comme celle des années 70 en Asie. Clairement, cela signifie l’apport d’engrais, le développement de l’irrigation et le développement de semences sélectionnées. Même s’il y aura des conséquences pour l’environnement.  » 4% des terres cultivables sont irriguées en Afrique, contre 30% en Asie.  3%  des semences en Afrique sont sélectionnées – contre 40% en Asie « .

- Combien de jeunes rêvent de cultiver du fenouil demain? De moins en moins s’intéressent à la terre. La faute aux Etats, qui ne s’y intéressent plus vraiment depuis le productivisme lancé après la Seconde guerre, jusqu’aux émeutes de 2007.  A eux de faire en sorte que les paysans soient suffisamment rémunérés et ne soient pas dépendants des tremblotements du marché. La problématique de la faim passe d’abord par celle des politiques agricoles.

- Les seules cultures vivrières (= de subsistance, donc ce ne sont ni les ananas du Kenya, ni l’ylang-ylang de Thaïlande) ne suffiront pas à nourrir le monde. Les autres cultures (pour les vêtements ou les fruits d’exportation par ex.) peuvent encourager à la prise de risques. Si je suis une Malienne et que je cultive du coton destiné à des fesses occidentales, j’ai des chances de faire des économies substantielles . Et avec ces économies, pourquoi ne pas investir ailleurs, dans le sorgho ou le maïs?

-  Ce n’est pas en supprimant un débouché (par exemple, la viande, si on devenait tous végétariens) que la famine s’arrêtera.

- Benoîtement, un ami « diplomate » de M. Lejeune lui aurait  dit  qu’ » il n’y avait plus de grande famine de nos jours ».  Or, la faim chronique – ou malnutrition,  concernera 1 milliard de personnes dans le monde à la fin de l’année.  La faim chronique est directement liée à la pauvreté. On la trouve  dans les pays tels que l’Inde, le Bangladesh, les pays du Sahel… Là où les paysans ne sont pas incités à produire. Elle est différente de la famine, qui est une faim aigüe. Celle-ci peut concerner des pays riches, et est  davantage le résultat d’une politique, comme en Corée du Nord. Et qui se doutait que le Darfour était avant la guerre une  « terre riche en patûrages, mais dont les habitants ont été délibérément privés de nourriture par le gourvernement »?

- On a tous les moyens techniques de nourrir la planète d’ici 2050. Ils sont perfectibles, mais il n’y a nul besoin de solution high-tech. Les quatre intervenants s’accordaient sur ce point. « Les OGM, ce n’est pas le sujet », ont-ils tous clamé. Faire une grosse flèche d’équivalence entre OGM et « résoudre la faim dans le monde »,  ce serait plutôt de la com’ au profit d’une poignée de multinationales.

En bref, les outils sont là. Les artisans aussi. Reste à les libérer de leurs entraves.

3 réponses à to “Manger à sa faim en 2050, oui. Mais pas bio…”

  • syl dit :

    Bonjour,
    Je ne peux être d’accord avec de tels propos. Le tout à l’industralisation mène notre planète à la ruine. Et si beaucoup de gens sur la planète Terre meurent de malnutrition, les civilisations occidentales et émergentes mourront bientôt toutes de « malbouffe » (cancers, maladies cardio-vasculaires, diabète, obésité en sont les conséquences).
    Je vous invite à visiter le site web de la « ferme du petit colibri » : où une agriculture « paresseuse » et respectueuse de la biodiversité parvient à nourrir facilement plusieurs familles!
    Quand l’homme aura compris qu’il doit respecter sa planète, vivre avec la nature, et non contre elle, et arrêter de faire penser à la population de la planète qu’elle a besoin de la pétrochimie pour vivre, il sauvera peut-être sa peau!

  • Florian Loison dit :

    pour les OGM moins de faim dans le monde

  • sakura dit :

    Bonjour,

    Les OGM ne sont pas liés à la fin de la faim dans le monde. Ce qui crée la faim n’est pas la défaillance des variétés de plantes cultivées, dans certaines parties du monde, vis à vis de leur environnement (comme l’aridité extrême). Ce qui crée la faim est la pauvreté. Or, les OGM ne répondent pour l’instant ni à la pauvreté, ni à l’accès à la nourriture et aux semences.

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